Illustrations

J’habite chez moi

Journal de confinement

« Notre voix (…) n’est jamais que l’alchimie singulière de toutes les influences que nous subissons ; mais le temps passé au calme, à l’écart des autres, permet à cette décantation de se produire de la façon la plus complète et la plus subtile possible ».


Extraits (mars, avril, mai 2020)
J’ai laissé ce texte brut comme je l’avais écrit pendant le confinement. Il m’est précieux car je me rends compte en le relisant que j’étais dans un état particulier que je ne retrouverai sûrement jamais. Mais il est comme une preuve de cette nouvelle empreinte qui s’est faite en moi.

21-22 mars 2020

Aujourd’hui, il fait gris. Ce temps m’a calmé, comme un dimanche où l’on peut rester chez soi dans son cocon. Le brouhaha est redescendu, mon esprit s’est apaisé. La peur s’est éloignée, bien que je la sente prête à surgir d’un recoin de mon appartement.
Je décide de faire ma bulle pour me sentir en sécurité : je rentre en moi, je rentre chez moi. Alors je retrouve des plaisirs oubliés : je redeviens adolescente dans ma chambre à bricoler, peindre, créer, juste pour le plaisir, simplement parce que cette façon d’être fait partie de moi. Je suis avec moi ; je me retrouve comme si je retrouvais une très bonne amie que j’avais un peu oubliée…et ça me met du baume au cœur.

28 mars 2020

Partager ce que l’on a de beau en soi. Toute la beauté que j’ai en moi. Encore faut-il la reconnaître et l’honorer pour lui donner toute sa place.
Regarder ses 2 côtés : voir l’élan, le dynamisme. Voir la descente, le repos ; et peut- être accepter cette lenteur au lieu de la rejeter. J’aime être avec moi-même sans rien faire de « il faut ». Il faut toujours faire à des fins productives, objectives, réfléchies. Je fais, pour être avec moi. Mon esprit n’anticipe rien car en ce moment l’avenir n’existe plus ; et ça fait du bien. Je peux être présente à chaque instant avec mes sens en éveil. Le centre c’est moi, la solution c’est moi. Je suis soudée, concentrée comme de la matière bien compacte, comme une boule d’énergie dense.

14 avril 2020

Pendant que je dessine, que j’étale ces couleurs, mon esprit met les choses en place.
La solution, l’évidence s’offre à moi dans un interstice de rien.
S’arrêter pour voir et notre paysage se dévoile.

21 avril 2020

Quelque chose a changé en moi. C’est le calme ambiant qui permet cela et me donne une sensation d’apaisement. Je suis calme, je suis à l’arrêt mais pas figée. J’apprécie cette sensation de rien, de vide qui aère, qui soulage. C’est un courant d’air doux, disponible, plein de promesses. Pendant ma pratique de yoga, je tente de laisser la place à l’intuition de mon corps, à la logique de mon corps comme un enchaînement naturel ; je lui laisse la place, je me laisse la place. Je peux rester là et m’y implanter.
Je veux être au contact de tout ce qui me revitalise.
Savoir entrevoir cette porte qui s’ouvre, et profiter d’instants suspendus qui se présentent.